Joachim du Bellay (1522-1560)

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Joachim du Bellay (1522-1560)

Message par Anaska le Ven 10 Mar - 10:09

Joachim du Bellay naît au château de La Turmelière sur les bords de la Loire, près de Liré (région de Angers), vers 1522. Il y passe son enfance. Ses deux parents meurent alors qu’il est encore enfant, et il est laissé à la garde de son frère aîné, René du Bellay, qui néglige son éducation.

En 1547, il part étudier le droit à l'université de Poitiers, où il se lie d'amitié avec Ronsard. Ensemble, ils rejoignent Paris et les enseignements du Collège Coqueret, où l'helléniste Jean Dorat leur fait découvrir les auteurs de l'Antiquité et ceux de la poésie italienne.
Autour de lui se forme la Pléiade, composée de sept membres, en référence à la constellation. En 1549, du Bellay signe "Défense et Illustration de la langue française", inspirée des idées du groupe qui souhaite défendre le Français contre la domination du Latin, cultiver les genres nouveaux, enrichir le vocabulaire... L'Olive (1549) de Joachim du Bellay, premier recueil français de sonnets amoureux, témoigne parfaitement de ce profond renouvellement de la poésie.

De 1553 à 1557, il devient secrétaire du cardinal Jean du Bellay, cousin de son père et célèbre diplomate, avec qui il partira pour Rome. Le poète découvre alors la ville mythique de l'Antiquité, qui n'est plus que ruines, faste et débauche. Le regret s'empare du poète, sentiment qui lui inspirera ses plus belles pages.
En 1557, il rentre en France et publie Les Antiquités de Rome, les Divers Jeux Rustiques et Les Regrets (1558), d'où sont tirés les fameux sonnets "France, mère des Arts" et "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage". Ces écrits sont reconnus en leur temps et valent à Joachim du Bellay de participer à la vie intellectuelle parisienne.
Mais malade, il s'éteint subitement, à sa table de travail, dans la nuit du 1er janvier 1560.
Il fut enterré dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, où sa sépulture est désormais perdue, loin des rives de la Loire.


Dernière édition par Anaska le Sam 11 Mar - 9:41, édité 1 fois

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Re: Joachim du Bellay (1522-1560)

Message par Anaska le Sam 11 Mar - 9:39

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

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Re: Joachim du Bellay (1522-1560)

Message par Anaska le Sam 11 Mar - 9:42

A l'ambitieux et avare ennemi des bonnes lettres

Sonnet

Serf de Faveur, esclave d'Avarice,
Tu n'eus jamais sur toi-même pouvoir,
Et je me veux d'un tel maître pourvoir
Que l'Esprit libre en plaisir se nourrisse.

L'Air, la Fortune et l'humaine Police
Ont en leurs mains ton malheureux avoir.
Le Juge avare ici n'a rien à voir,
Ni les trois Soeurs, ni du Temps la malice,

Regarde donc qui est plus souhaitable,
L'aise ou l'ennui, le certain ou l'instable.
Quant à l'honneur, j'espère être immortel

Car un clair nom sous Mort jamais ne tombe.
Le tien obscur ne te promet rien tel.
Ainsi, tous deux serez sous même tombe

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Re: Joachim du Bellay (1522-1560)

Message par Anaska le Sam 11 Mar - 9:43

A Madame Marguerite, d'écrire en sa langue

Quiconque soit qui s'étudie
En leur langue imiter les vieux,
D'une entreprise trop hardie
II tente la voie des cieux,
Croyant en des ailes de cire,
Dont Phébus le peut déplumer
Et semble, à le voir, qu'il désire
Donner nouveaux noms à la mer.
Il y met de l'eau, ce me semble,
Et pareil peut être encore est
A celui qui du bois assemble
Pour le porter en la forêt.
Qui suivra la divine Muse
Qui tant sut Achille extoller ?
Où est celui qui tant s'abuse
De cuider encore voler ?
Où, par régions inconnues,
Le cygne Thébain, si souvent,
Dessous lui regarde les nues,
Porté sur les ailes du vent ?
Qui aura l'haleine assez forte,
Et l'estomac, pour entonner
Jusqu'au bout la buccine torte
Que le Mantouan fit sonner ?
Mais, où est celui qui se vante
De ce Calabrais approcher
Duquel jadis la main savante
Sut la lyre tant bien toucher ?
Princesse, je ne veux point suivre
D'une telle mer les dangers,
Aimant mieux entre les miens vivre
Que mourir chez les étrangers.
Mieux vaut que les siens on précède,
Le nom d'Achille poursuivant,
Que d'être ailleurs un Diomède
Voire un Thersite bien souvent.
Quel siècle éteindra ta mémoire,
O Boccace? Et quels durs hivers
Pourront jamais sécher la gloire,
Pétrarque, de tes lauriers verts ?
Qui verra la vôtre muette,
Dante, et Bembe à l'esprit hautain ?
Qui fera taire la musette
Du pasteur Néapolitain ?
Le Lot, le Loir, Touvre et Garonne,
A vos bords vous direz le nom
De ceux que la docte couronne
Éternise d'un haut renom.
Et moi, si la douce folie
Ne me déçoit, je te promets,
Loire, que ta lyre, abolie,
Si je vis, ne sera jamais.
Marguerite peut donner celle
Qui rendait les enfers contents,
Et qui bien souvent après elle
Tirait les chênes écoutants

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